Les cépages résistants

Les maladies fongiques que sont le mildiou et l’oïdium sont très répandues dans le vignoble, notamment en France. L’usage des fongicides chimiques ou à base de sulfate de cuivre est aujourd’hui devenu massif pour lutter contre ces maladies, présentant de sérieux problèmes pour la santé et l’environnement.

La question des cépages résistants se pose alors pour diminuer l’utilisation de ces produits afin de développer une viticulture durable et respectueuse des Hommes et de la Nature, tout en produisant des raisins de qualité.

Un peu d’histoire :

En Europe, les Hommes ont domestiqué à partir de 6000 ans avant notre ère Vitis Vinifera, espèce probablement originaire du Caucase, pour sélectionner progressivement, au fur et à mesure de son déploiement géographique, les cépages traditionnels des différentes régions viticoles.

Les premières hybridations remontent au 16ème siècle, lorsque les colons européens ont cherché à introduire des cépages de Vitis Vinifera en Amérique. Contrairement aux cépages locaux, ceux-ci ont rapidement dépéri à cause, notamment, du froid, mais aussi de ravageurs locaux comme l’oïdium, le mildiou ou encore le phylloxera. Ces plants de Vitis Vinifera ont tout de même eu le temps de fleurir et de féconder par pollinisation des espèces locales. C’est ainsi que seraient nés les premiers hybrides connus, comme l’Alexander, le Clinton ou l’Isabelle.

Au 19ème siècle, d’autres variétés sont créées dans le but d’améliorer la qualité des vins ; ce sont les « French hybrides » (Noah, Jacquez…).

Mais la crise sanitaire du milieu du 19ème siècle bouleverse le monde viticole européen, avec l’arrivée de l’oïdium en Europe via l’Angleterre et l’épidémie de phylloxera qui ravage une grande partie du vignoble.

Dès lors, deux solutions sont alors envisagées pour lutter contre ces maladies : la lutte chimique avec des fongicides et l’utilisation de variétés résistantes.  

Depuis cette crise, de nombreuses variétés ont été créées dans le but de sélectionner des porte-greffes résistants au phylloxera ainsi que des cépages résistants à la fois au phylloxera, mais également à l’oïdium et au mildiou, appelés « hybrides producteurs directs ». Mais ceux-ci sont fortement critiqués : profil sensoriel très spécifique, qualité de vins insuffisante, vins « foxés ». Certains cépages sont alors interdits de plantations, et la découverte de l’efficacité du soufre et du cuivre pour lutter contre le mildiou et l’oïdium ralentit les recherches sur les cépages résistants.

Mais elles ne s’arrêtent pas complètement, et dans les années 1970, Alain Bouquet (INRA Montpellier) réussit un premier croisement entre Muscadinia Rotundifolia (une vigne sauvage non encore utilisée et ne bénéficiant pas du préjugé négatif des hybrides producteurs directs) et Vitis Vinifera, introduisant ainsi de nouveaux gènes majeurs de résistance à l’oïdium et au mildiou. C’est le début de l’hybridation moderne ; l’objectif est alors de créer de nouvelles variétés ayant un niveau élevé de résistance aux deux maladies ainsi que de bonnes caractéristiques œnologiques.

Attaque de Mildiou sur feuille (source OSCAR)

Qu’est-ce qu’un cépage résistant :

Un cépage résistant est un croisement entre une variété de Vitis Vinifera et une variété de vigne sauvage américaine ou asiatique, présentant des gènes de résistance aux maladies telles que l’oïdium et le mildiou.

L’objectif est d’obtenir, après plusieurs croisements ou hybridations, une nouvelle variété présentant au minimum 2 gènes de résistance à chaque maladie (on parle de résistance polygénique) tout en conservant des caractéristiques œnologiques suffisamment intéressantes pour élaborer des vins de qualité.

En France, les programmes de création ResDur et Genovigne, menés par l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) et l’IFV (Institut Français de la Vigne et du vin), développent des variétés à résistance polygénique, avec jusqu’à trois gènes de résistance au mildiou et à l’oïdium (encore à l’étude).

A ce jour, 16 variétés sont définitivement classées au catalogue français, dont quatre variétés françaises (Floréal et Voltis en blanc, Artaban et Vidoc en rouge). L’Observatoire National du déploiement des cépages résistants (OSCAR) a été créé par l’INRA et l’IFV pour organiser la surveillance des cépages résistants, et favoriser le partage d’expériences au sein de la filière.

Selon les cépages, et si les recommandations de traitements préventifs sont respectées, la réduction de l’utilisation de fongicide peut atteindre 80 à 90%.

Sur le vignoble des Vignerons Ardéchois :

Entre 2018 & 2020, plus de 40 hectares ont été plantés avec des cépages résistants sur le vignoble des Vignerons Ardéchois

Avec l’aide de l’Union, ces parcelles de vignes cultivées par quelques vignerons pionniers, permettent d’expérimenter à la fois ces cépages dans le vignoble, mais aussi lors de la vinification.

Tout l’enjeu est d’élaborer des vins issus de cépages résistants, présentant les caractéristiques aromatiques recherchées par les amateurs de vins.

Ainsi, 5 cépages sont à l’étude sur l’ensemble du vignoble :

  • Floréal : 8 hectares à Valvignères et 1 hectare sur la cave de Jalès – Cépage blanc

Qualités œnologiques et profil des vins : l’acidité des baies assure un équilibre très intéressant avec les sucres. Les vins obtenus sont expressifs, aromatiques, avec une bonne fraîcheur. Les arômes sont dominés par des notes de fruits exotiques et de buis.

Parcelle de Floréal
  • Voltis : 1 hectare dans les Cruzières – Cépage blanc

Qualités œnologiques et profil des vins : Avec un rendement limité, la richesse en sucres et l’acidité sont comparables au Chardonnay. Les vins sont alors légèrement bouquetés, souples, amples et persistants.

Nouvelle vigne de Voltis
  • Muscaris : 8,5 hectares à Ruoms – Cépage blanc

Qualités œnologiques et profil des vins : potentiel en sucres élevé. Les vins présentent un bouquet intense, des notes muscatées, une forte acidité.

Muscaris (source OSCAR)
  • Souvignier Gris : 2.5 hectares sur la cave de la Cévenole – Cépage blanc

Qualités œnologiques et profil des vins : Acidité élevée. D’un point de vue aromatique, les agrumes et les fruits exotiques dominent.

Souvignier Gris (source OSCAR)
  • Artaban : 12 hectares à Vogüé + 3 hectares à Montfleury + 2 hectares à Jalès + 2.5 hectares sur la cave de la Cévenole – Cépage rouge

Qualités œnologiques et profil des vins : bon équilibre sucre-acidité à maturité des baies. Les vins obtenus sont légers, gouleyants, bien colorés, plutôt destinés à une consommation rapide, type primeurs. Les arômes sont dominés par des notes fruitées.

Chenille sur des jeunes feuilles d’Artaban

Les cépages résistants présentent de nombreux intérêts, d’un point de vue environnemental, mais aussi œnologique, mais restent encore à l’étude. 13 hectares viendront compléter l’encépagement l’année prochaine, et certainement plus dans les futures années.

Sources :

  • Les cépages résistants aux maladies cryptogamiques – Panorama Européen – Groupe ICV
  • Vignes résistantes – INRA – Septembre 2018
  • Observatoire National du déploiement des cépages résistants – OSCAR – http://observatoire-cepages-resistants.fr/
  • Fiches variétales INRA et OSCAR

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